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Séminaire InPACT

"La Souveraineté technologique des paysans en question"

[5 avril 2017]

Lieu : Amphithéâtre Tisserand
AgroParisTech (rue Claude Bernard, Paris 5ème)

L’outil de travail des agriculteurs est au cœur d’enjeux agricoles majeurs :

  • Le sur-dimensionnement, le surendettement, le surinvestissement ne sont pas étrangers aux crises agricoles actuelles et à l’assujettissement des fermes aux logiques industrielles
  • Dans le même temps, l’offre technologique et matérielle disponible pour les agriculteurs s’oriente toujours plus vers l’automatisation par le numérique (big data) et la robotique

Le Pôle InPACT national et l’UFR Agriculture Comparée et Développement Agricole co-organisent un séminaire autour des questions soulevées par le plaidoyer sur la souveraineté technologique des paysans publié en novembre 2016.

INSCRIPTIONS REQUISES

Nombre de places limitées

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PROGRAMME DE LA JOURNÉE DU 5 AVRIL

Date : mercredi 5 avril 2017
Lieu : Amphithéâtre Tisserand, AgroParisTech (rue Claude Bernard, Paris 5ème).

9H00 : Accueil des participants - Thé-Café
9H30 : Pourquoi un séminaire sur la souveraineté technologique des paysans, par jean-Claude BALBOT, secrétaire national du réseau CIVAM, et Fabrice CLERC, co-gérant de L’Atelier Paysan, administrateurs du pôle InPACT
10H00 : Les processus d’innovation et l’injonction au progrès, par Frederick LEMARCHAND (Université de Caen)
11H00 : Les processus d’innovation : État des lieux et perspectives du matériel utilisé en énergie animale, par Jean-Louis CANNELLE (président du syndicat national des cochers et Utilisateurs professionnels d’animaux attelés)
12H00 : Fiscalité et agroéquipements : quelles conséquences des incitations à l’investissement, par Gustave DELAIRE, ancien conseiller de gestion

12H45 - Pause : Repas pris sur place

13H45 : Le poids des représentations autour de la machine agricole, par Patrick BOUGEARD, président de Solidarité Paysans
14H30 : Agriculture intelligente ou paysans expropriés de leurs savoirs, par Guy Kastler, Confédération Paysanne

15H15 : Le Conseil technique, relever le défi de l’agroécologie paysanne, par Marianne CERF (Directrice de recherche, INRA SAD)
16H15 : Agroéquipements et système agricole : regard sur les États-Unis, par Sophie DEVIENNE (UFR Agriculture Comparée et Développement Agricole, AgroParisTech)
17H15 : Conclusion et perspectives par le pôle InPACT

17H30 : Fin de la journée

[10H00] Les processus d’innovation et l’injonction au progrès

par Frederick LEMARCHAND (Université de Caen)

Les relations des agriculteurs avec la technique sont pour le moins anciennes et fondamentales dans la mesure où la première grande « accélération » au néolithique, issue de l’invention de l‘agriculture suite au réchauffement climatique, a engendré les première grandes transformations (artisanat pour le stockage, organisation politique des groupes plus nombreux, urbanisme,…). Mais le commerce que fit l’homme avec la nature changea moins en 10 000 ans (dans les société traditionnelles) que depuis les cent dernières années. La disparition programmée des paysans devait faire advenir un « homme nouveau », ouvert aux innovations techniques et au marché, l’agriculteur moderne, dont les rôles sont désormais devenus complexes : entre gardien de la nature et rouage du système productiviste.

La « modernisation » de l’agriculture telle qu’elle fut conçue dans le schéma des lois de 1960 et 1962 n’a plus le même sens à l’heure des fermes de « mille vaches » et des robots de labour. On pourra se demander si l’on est encore placé, comme on le croyait dans les « Trente glorieuses » (nommées aussi les Trente honteuses »), face à une simple alternative, « s’adapter à la technique ou disparaître », ou si de nouveaux usages (des réseaux sociaux par exemple utilisés dans une perspective de décroissance) ne viennent pas rebattre les cartes. Une plongée au cœur de l’anthropologie des techniques, avec A. Gras et I. Illich entre autres, nous permettra de repositionner les enjeux du développement technique en agriculture, à l’heure de la crise du productivisme et de la montée des alternatives paysannes et convivialistes.

[11H00] État des lieux et perspectives du matériel utilisé en énergie animale

par Jean-Louis CANNELLE (président du syndicat national des cochers et Utilisateurs professionnels d’animaux attelés)

L’avènement du tracteur a marqué un virage dans les économies globales de nos pays industrialisés, pas seulement dans le secteur agricole mais pour l’ensemble des secteurs.
La recherche sur les machines à traction animale s’est arrêtée au moment où les premiers tracteurs sont apparus. Cette révolution a été conduite et financée par des choix politiques, pour une orientation sociétale.
Qu’en est il aujourd’hui des outils de traction animale ? Quelle est leur possible évolution ? Quels sont les possibles en terme de partage de technologies entre les paysans du monde ?

[12H00] Fiscalité et agroéquipements : quelles conséquences des incitations à l’investissement ?

par Gustave DELAIRE (ancien conseiller de gestion)

La fiscalité est l’un des leviers de la politique agricole. Certaines mesures (dotation pour investissement, sur-amortissement, exonération des plus-values...), visent à réduire « la pression fiscale et sociale » pour encourager l’investissement générateur de gains de productivité du travail et de concentrations des volumes, en vue de réaliser des économies d’échelle. Or, outre le fait que ces dernières ne sont pas avérées dans tous les secteurs, notamment en production laitière, ce développement productiviste fait l’impasse sur de nombreux enjeux : qualité des productions, environnement, emplois paysans, transmissibilité des exploitations, vitalité des territoires...Dès lors,
les mesures fiscales ne devraient-elle pas être conditionnées à la prise en compte de ces enjeux ?

[13H45] Le poids des représentations autour de la machine agricole

par Patrick BOUGEARD (président de Solidarité Paysans)

Il faut rechercher loin en arrière les causes qui ont façonné l’inconscient paysan et qui marque encore aujourd’hui la prépondérance du machinisme et du tracteur en particulier comme révélateur de la réussite professionnelle.
Le paysan attaché à sa terre, courbé sous le poids du travail, donne une image du métier, ou la nature domine un homme méprisé*, l’astreignant à un travail harassant.
Le cheval d’abord au début du XIX siècle a été l’étalon permettant de mesurer la capacité du paysan à sortir de sa condition mais aussi la mesure de l’organisation d’une profession, ou la possession de la traction devenait un outil de domination.
Le 5 juin 1947, le plan Marshall, avec son image emblématique d’un tracteur « Massey Harris » pendu à une grue sur un port français installe définitivement l’image du progrès et de la modernité lié au tracteur.
La suite, on la connait, l’industrialisation de l’agriculture a dépossédé le paysan du contrôle de la mise en marché de ses produits et des outils de gestion qui ont été délégués. Seul lui reste le travail et la maitrise de son tracteur outil de promotion.

* Ce mépris était intense au XIX siècle, avec des justifications faciles : leur profession même faisait des paysans des bouseux, des cul-terreux, des êtres plus proches de la grossièreté naturelle que des raffinements de la civilisation « Fils de Ploucs » Jean Rohou page 13

[14H30] Agriculture intelligente ou paysans expropriés de leurs savoirs ?

par Guy Kastler, Confédération Paysanne

Du Ministre aux Instituts techniques, en passant par les coopératives et autres fournisseurs de l’agriculture, tous s’activent pour récupérer la plus grande quantité possible d’informations fournies par les paysans, les numériser et alimenter les nouveaux moteurs de recherche de l’agriculture numérique. Au prétexte "d’éviter que ces données ne soient utilisées que par certains", le programme #Digitag vise à les mutualiser pour pouvoir "offrir de meilleurs services aux agriculteurs". Le meilleur des mondes tant qu’on ne se pose pas de questions. Les mutualiser au profit de qui ? Offrir des services ou les vendre ? Alors que les paysans ont donné gratuitement leurs connaissances quand on ne les leur a pas prises sans même solliciter leur consentement. Et l’objectif est-il de vendre les services dont les paysans ont besoin pour gagner en autonomie ? Ou bien d’augmenter leur dépendance en les forçant à acheter le paquet complet procurant les meilleurs bénéfices aux fournisseurs ? Paquet complet qui ne cesse de s’allonger : depuis la semence associée aux intrants et aux équipements liés, jusqu’aux préconisations techniques associées aux données cartographiques et autres prévisions météo à la parcelle, en passant par la numérisation automatique des obligations administratives destinées à tout contrôler. L’avenir des paysans se réduira-t-il au rang de manœuvres privés de toute initiative issue de leur propres savoirs, ceux-là mêmes qu’ils ont donné pour alimenter le bigdata ?

[15H15] Le Conseil technique en agroéquipement, relever le défi de l’agroécologie paysanne

par Marianne CERF (Directrice de recherche, INRA SAD)

Face aux enjeux de l’agroécologie, dans un contexte de concurrence accrue entre acteurs du conseil et de montée en puissance de services liés à l’usage des technologies du numérique, les organismes de conseil se repositionnent et font évoluer leur offre de conseil technique. Mais que recouvre ce terme ? il existe ainsi une diversité de façon d’aborder les questions techniques avec les agriculteurs : appui technique pour prendre des décisions opérationnelles, appui pour assurer la conformité avec la réglementation, aide au dimensionnement du matériel, approche systémique visant à intégrer des dynamiques à moyen terme, accompagnement des agriculteurs dans le changement technique. On peut alors interroger, dans ces différentes acceptions, la place donnée à la co-conception avec l’agriculteur ou des collectifs d’agriculteurs et la façon dont sont abordées, ou non, les questions de matériel agricole et plus largement de travail agricole.

[16H15] Agroéquipements et système agricole : regard sur les États-Unis

par Sophie DEVIENNE (UFR Agriculture Comparée et Développement Agricole, AgroParisTech)

Une comparaison avec les dynamiques actuelles aux Etats-Unis sur le dimensionnement des outils de production des fermes en rapport au niveau de capitalisation des exploitations américaines et le recours à l’automatisation. Retour également sur le développement d’une agriculture de proximité écologique et sur les politiques publiques efficaces en la matière sous la précédente administration.

Quel est l’objectif ?

  • Continuer à faire émerger un débat public dans le prolongement de la publication du plaidoyer : Pour une souveraineté technologique des paysans : défendre l’intérêt général autour des agroéquipements.
  • Comprendre les multiples facettes de la dépossession des agriculteurs, de leurs savoir-faire, de leur savoir-être, de leur moyens de subsistance.
  • Susciter des dynamiques collectives, initier des travaux de recherche sur des thématiques à ce jour orphelines.

État d’esprit :

Participer à renouveler l’approche de l’outil de travail paysan, des technologies agricoles, y compris en décloisonnant les regards, y compris en s’offrant quelques pas de côté. Une seule journée ne sera pas suffisante pour aborder de manière exhaustive toutes les thématiques,

Publics :

Paysans, acteurs des agroéquipements et plus largement structures de développement agricole, chercheurs, agent du ministère ou de collectivités publiques.

Renseignements

Julien Reynier (Chargé de développement)
L’Atelier Paysan
06 95 87 03 59

Organisateurs

http://www.agricultures-alternatives.org/

Illustrations : Lima Pix - Flickr
ValentinValkov - Fotolia