Accueil > Plans et Tutoriels > Serre mobile

Serre mobile

Serre mobile

Les serres mobiles ont deux intérêts agronomiques principaux : l’anticipation / prolongation des cultures & la régénération du sol. En effet, l’insertion de la serre mobile dans un plan de culture adapté permet de ne pas surexploiter une seule parcelle sous tunnel fixe.

CLIQUEZ POUR TÉLÉCHARGER LES DERNIÈRES VERSIONS DES PLANS

NB : Ces plans vont évoluer à mesure que l’on rencontrera d’autres types de serre et que l’on prototypera d’autres systèmes de mobilité.

1. Présentation agronomique

Les serres mobiles ont un intérêt agronomique principal : l’insertion de la serre dans la rotation de culture. De fait, une serre mobile permet au paysan de ne pas surexploiter la parcelle sous tunnel fixe. La fonction première est donc de permettre une régénération du sol. A contrario d’une serre fixe où, nécessairement, les cultures s’enchaînent sans répit, la serre mobile permet d’entretenir son sol avec des rotations incluant des engrais verts, voire des jachères. Le sol couvert par un tunnel fixe est souvent sujet à un taux d’humidité très haut, donc favorable aux champignons par exemple. Or, en déplaçant le tunnel et laissant les parcelles couvertes à ciel ouvert, cela contribue à la santé des plantes qui vont y pousser, à la réduction du parasitisme et des problèmes fongiques.

Au-delà de prendre soin de son sol, la serre mobile permet tout simplement de hâter une culture, de la maintenir ou de la prolonger, et ceci ne se limitant pas à une seule rangée de planches. Selon la pratique agronomique, la serre est donc amenée à se déplacer plusieurs fois par an, sur des emplacements différents. Une culture ayant besoin d’être anticipée lors du printemps, peut tout a fait se développer en plein air durant la saison d’été, ceci permettant de déplacer la serre sur une autre parcelle. La réflexion est la même pour la prolongation d’une culture.

Les fermes ayant adopté ces méthodes agronomiques parlent d’une production sur "14 mois dans l’année". En effet, l’optimisation de l’accompagnement du cycle des plantes permet de dégager deux mois supplémentaires. Les serres mobiles deviennent pertinentes lorsqu’elles peuvent être déplacés le long de trois implantations de culture, et ainsi suivre les saisons. Grâce à la mobilité des serres, certaines cultures non couvertes habituellement peuvent se retrouver sous serre. De fait, cela permet de produire des légumes frais même hors saison, de limiter les légumes de garde et de réduire le travail et la logistique de conservation.

2. Présentation technique

Autoconstruction totale ou conversion :
La question de l’autoconstruction totale de serre soulève une question majeure : l’approvisionnement des tubes. En effet, les tubes galvanisés sont difficiles à trouver. Les serristes peuvent en fournir, seulement les prix ne sont pas intéressants pour rentabiliser l’autoconstruction, même si nous continuons les recherches pour identifier des fournisseurs intéressants. D’autre part, toute la quincaillerie des serres est très coûteuse pour les particuliers qui achètent en petite quantité.
Aussi, la conversion de tunnel existant en serre mobile paraît être une démarche plus adaptée pour réduire les coûts, réduire le temps de travail, et valoriser des tunnels d’occasion.

Structure et mobilité :
En règle général, toute structure mobile doit supporter des efforts contraignants. Ces efforts sont à prendre en compte impérativement, notamment pour éviter la déformation. Pour ce faire, deux démarches peuvent être entendues : soit la structure doit être hyper rigide (sur-contreventement), soit la structure doit être conçue comme flexible et pourra ainsi absorber les efforts dans les trois directions, tout en étant capable de revenir à son état initial.

Pour le cas des serres mobiles, il faut savoir que la plupart des serres sont des structures très flexibles d’office. Or la serre est sujet à de grands efforts, à cause de la taille et du rapport entre section et portée. Une serre fixe, bien arrimée, bien montée, peut être laissée sans sur-contreventement. Tandis qu’une serre mobile doit être sur-contreventée car les éléments de liaison entre traverses et arceaux sont sous dimensionnés par rapport aux efforts de torsions qu’ils devraient absorber lors d’un déplacement compliqué. Aussi, pour une serre de 10 arceaux, donc de 9 entraxes, il sera nécessaire de réduire les entraxes à 150 cm maximum (contre 200cm en serre fixe) et d’ajouter des croix de contreventement au milieu de la structure.
Par ailleurs, tout élément qui pourrait contribuer au contreventement sans alourdir excessivement la structure (support de culture, jambe de force, support d’irrigation...) seront une aide au sur-contreventement.

Il faut savoir aussi que certaines serres (récentes) fonctionnent en précontrainte (notamment les serres OVH90), ce qui leur donne une rigidité bien supérieure aux autres. Seulement ces serres sont faites pour être enterrée à leur point d’appuis, ceci pour maintenir la précontrainte. Une fois déterrée, la précontrainte se relâche et pousse les arceaux vers l’extérieur. Cette problématique est à anticiper pour convertir ce type de serre, car la poussée non seulement augmente la courbure des arceaux, mais tend à plaquer les roulettes de mobilité vers l’extérieur et fragilise la structure. Les roulettes soumises à cette poussée peuvent se dégrader bien plus rapidement, et faire rouler la serre devient plus difficile. Pour ce problème, nous pouvons augmenter légèrement la courbure des arceaux (ex : de 800cm au sol, on passe à 830cm). Un support de culture bas (210cm) et des jambes de force bien positionnées permettront également de maintenir la précontrainte sur la partie supérieure de l’arceau.

Les catégories de serre :
De nombreuses serres sont convertibles. Veillez à relever précisément les dimensions des tubes, l’angle de courbure, et tout autre élément qui pourrait être en lien avec le système de mobilité.

L’amarrage :
L’ancrage des serres est LA problématique majeure concernant la sécurité de l’installation. Entre un tunnel fixe ou une serre mobile, l’enjeu est le même et les dispositifs mis en face sont très proches, à ceci près qu’il faut intégrer l’ergonomie d’usage (mise en place et déplacement), ainsi que la pérennité de l’amarre pour les serres mobiles. Plusieurs familles d’amarres nous sont proposées en autoconstruction ou dans le commerce.

- Les amarres fixes :
Amarres à frapper, amarres queue de cochon, amarres rondelle à visser. Ces trois types sont sensiblement équivalents. Le choix de l’un ou l’autre peut dépendre de la dureté de votre sol, de la présence de roche, de cailloux qui pourraient rendre impossible la mis en place de l’amarre.

- Le recouvrement de la bâche :
Cette solution, souvent utilisée, est évidemment à exclure pour un système mobile. Déterrer la bâche à chaque déplacement serait une charge de travail rédhibitoire.

- L’haubanage :
Cette méthode consistant à maintenir la serre au sol par des éléments en tension extérieur est mécaniquement efficace, mais engendre quelques difficultés d’usage. Une serre haubanée aux quatre coins par des sangles ou des câbles, eux-mêmes reliés à des pinces (pieux pour les chapiteaux), des blocs de béton ou des pneus enterrés, peut générer un encombrement pour le déplacement. L’haubanage traverse souvent les chemins d’accès, les passes-pieds des planches de culture adjacentes, et rend difficile la circulation d’un tracteur par exemple. Cette méthode peut correspondre à certains cas de figure, comme pour des fermes non mécanisées, des serres en bord jardin, là où l’encombrement n’est pas gênant.
Dans un cas comme dans l’autre, faciliter l’usage des serres mobiles revient à mettre en place le système d’amarrage pour chaque jardin concerné. Ceci engendre un petit surcoût, largement rentabilisé par le temps gagné lors des déplacements.

- Les rails :
Différents types de mobilité autoconstruite ont été prototypées. Les serres sur ski ou sur roues de brouette n’ont pas besoin de rail, tandis que les serres sur roulettes d’industrie ou sur rail tubulaire demande d’être accompagnées au sol par une bonne planéité et un bon coulissement. Le prix des installations est aussi différent. L’installation de rails tubulaires rend nécessaire la mise en œuvre de fondations, et les roues adaptées sont également coûteuses. Tandis qu’un système de rail convexe (glissière d’autoroute, gouttière...) permet de positionner des roues beaucoup moins onéreuses. De plus, la mise en place est relativement simple.

- Les autres modèles de mobilité :
Deux solutions existent : la mise en place d’un système de mobilité fixe lié à la serre mobile, ou, un système de mobilité volant qui peut être positionner en dessous de la serre lors du déplacement. La première solution a l’avantage de demander moins de travail de mise en place, tandis que la seconde permet d’avoir un outil de déplacement qui peut être utilisé pour rendre mobile toutes les serres. Les différentes solutions ont largement été expérimentées par Eliot Coleman : aller vous y référer directement.

Une troisième méthode consisterait à ne pas avoir du tout de système de mobilité, mais plutôt de pouvoir déplacer la serre en la portant. Cette méthode réduit considérablement la taille de la serre et/ou la fréquence du déplacement.

Dans le tutoriel qui suit, vous trouverez deux types de serre. L’adaptation à la mobilité a été réalisée avec les paysans lors de divers chantiers de prototypage. Une large gamme de serres reste à adapter, mais les deux cas suivants sont représentatifs des grandes familles que l’on peut rencontrer aujourd’hui, à savoir les adaptations à emmancher et les adaptations qui viennent en serrage.

Les plans qui suivent sont dimensionnés pour les serres qui ont fait l’objet du prototypage. Avant de vous aventurer vous-même dans ce chantier, vérifiez précisément les côtes de votre serre.

Vous trouverez dans les plans un élément nommé « platine » qui vient entre la roulette et le reste des composants. Nous préférons positionner cet élément supplémentaire de manière à ce que roulette et adaptation soient indépendants, facilitant le changement des pièces et le remplacement des roues si besoin.

Ces plans offrent donc un aperçu des solutions possibles. Les pièces mentionnées sur les plans correspondent à un système d’adaptation, sur un seul pied de serre : multiplier l’approvisionnement par le nombre de pieds qui constituent votre serre.

3. Les serres en T : procédure de fabrication

Pour la fabrication de cette adaptation, quelques points de vigilance sont à respecter :

  • Reprendre toutes les côtes du T de la serre (tube verticale et tube horizontal pour l’emmanchement des traverses). Ces côtes vont vous permettre d’approvisionner l’étrier de serrage et d’ajuster l’entraxe des percements sur la cornière.
  • Co-axialité de perçage : assurez-vous que le plan de perçage de la platine correspond au perçage du support de la roulette d’industrie.
  • Perçage : préférez toujours percer 1 à 2mm de diamètre au dessus du trou souhaité (ex : pour un étrier de 6mm, percez à 7 ou 8mm).
  • Lors de la mise en place, soyez méthodique pour soulever les serres arceaux après arceaux, pour ne pas sur-solliciter les éléments de liaison de la serre, souvent maintenus par des vis autoforeuses.
  • Veillez à ce que vos cordons de soudure n’empêche pas l’appui des rondelles et le passage des boulons.
4. Les serres OVH : procédure de fabrication
  • Reprendre toutes les côtes du T de la serre (tube verticale et tube horizontal pour l’emmanchement des traverses). Ces côtes vont vous permettre d’approvisionner l’étrier de serrage et d’ajuster l’entraxe des percements sur la cornière.
  • Le préperçage pour faciliter la mise en place des vis autoforeuse ne doit évidemment pas excéder le diamètre de l’âme de la vis.
  • Lors de la mise en place, soyez méthodique pour soulever les serres arceaux après arceaux pour ne pas sur solliciter les éléments de liaison de la serre, souvent maintenu par des vis autoforeuses.
  • Veillez à ce que vos cordons de soudure n’empêche pas l’appuie des rondelles et le passage des boulons.

Bonne autoconstruction !!


Ces travaux bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National, par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires. Leur contenu sera régulièrement mis à jour tout au long du projet.

Lien vers la page "nos partenaires" : http://www.latelierpaysan.org/Nos-partenaires

DOCUMENTS A TELECHARGER

LICENCE LIBRE

L’ensemble de cet article, des explications, des photos et des plans livrés sont accessibles à tous. Ils sont diffusables et modifiables à condition que vous mentionniez la paternité de l’œuvre (L’Atelier Paysan), et que vous apposiez sur tout document reprenant ces éléments la même licence utilisée par nos soins, à savoir la Creative Commons BY NC SA.