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Charimaraich

Charimaraich

Ce charriot ergonomique pour le maraîchage est issu d’un groupe baptisé MAPS, Maraîchage en Autonomie sur Petite Surface, dans le Grand-Est, animé pendant deux ans par Gautier de l’ALADEAR.

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Les débuts :
L’initiative est parti d’un groupe de 5 maraîchers qui travaillaient sur des petites surfaces (1 à 1,5 ha par actif) avec un capital de départ faible. Les interventions sur les parcelles étaient généralement non motorisées, ou alors réalisées avec de la mécanique légère : motoculteur, petit tracteur, etc.

Les cultures sous serres et de plein champ sont implantées sur des planches permanentes. Les maraîchers avaient un besoin d’un outil polyvalent pour faciliter les interventions manuelles sur les planches.
L’idée de construire un chariot enjambeur de rang a été initiée par un site internet russe qui présente différents modèles de chariots similaires. Vous pouvez y jeter un œil sur ce lien. Il fallait enfin que l’outil soit facilement autoconstructible par n’importe quel bricoleur, et que ses dimensions puissent être adaptées à tous gabarits de planches.

Le modèle V.1

Ce modèle V.1 a été réalisé chez Nicolas et Samuel Fromont, maraîchers en bio depuis près de 5 ans sur une petite surface en Meuse. La ferme comporte une parcelle de 2,2 ha de légumes sur planches de 1,2 m entourée par une haie d’arbres fruitiers, et une prairie de 6,7 ha confiée à un éleveur ovin et qui sera bientôt un verger pâturé.
Nicolas et Samuel ont une attention toute particulière à la biodiversité présente sur leur parcelle. Ils réalisent chaque année des comptages botaniques et ornithologiques qui ont pu monter une évolution positive du nombre d’espèces sauvages.
La ferme organisent chaque été un festival : le Festiferme, avec une visite du jardin, des animations sportives et un banquet.
Pour plus d’info sur ce rassemblement culturel organisé en partenariat avec l’AMAP dont la ferme fait partie : par ici* !

Les motivations de la ferme :
Nico et Sam ont tenté de limiter au maximum l’investissement l’installation. Ils n’ont utilisé que du matériel récupéré, adapté à de la petite mécanisation (motoculteur 30 chx, et petit tracteur). Le besoin est alors apparu de construire un outil léger pour faciliter le travail manuel sur les planches : plantation, désherbage et récolte. L’outil devait être adapté à la taille des planches (1,20 m), réglable en hauteur et comporter deux sièges. Il fallait également un emplacement pour déposer les caisses (de plants ou de récolte).
C’est de là que l’histoire du Charimaraîch a commencée.

Description :
Le V.1 est composé d’un cadre rectangulaire (largeur de planche : 1,20 m) posé sur 4 roues de vélo non directionnelles. Les fourches sont faites en tubes carrés et en poteaux en profil T. Elles sont reliées au châssis par l’intermédiaire d’un tube carré qui coulisse dans un autre. La hauteur des roues est donc réglable de +/-30 cm.
Les fauteuils métalliques ont été soudés sur des morceaux de tubes carrés ce qui leur permet de coulisser le long de la barre du châssis.
Une cornière a été ajoutée au centre du châssis pour caler les caisses et supporter les 3 cale-pieds fixes.

Remarques sur la fourche :
Les profilés en T qui composent les deux montants des fourches ont dû être recoupés pour ne pas heurter les rayons de la roue. Découpe précise qui engendre une légère faiblesse à ce niveau. Il n’y a néanmoins pas eu de pliage depuis la naissance du V.1.

Remarque sur les pneus :
Ils sont dégonflés, mais ça ne dérange pas.

Quel coût de construction ?
La ferraille et les accessoires représentent un total de 50 à 80 euros.

Utilisation :
Sur ce modèle, les deux passagers sont uniquement en position assise. Ils avancent la plupart du temps en marche avant, mais peuvent conduire en marche arrière. Le déplacement du chariot se fait en poussant avec les pieds ou en tirant sur les roues à la main (mode "fauteuil roulant"). Le fait d’avoir des fauteuils coulissants permet de travailler seul ou à deux.
Sur le cliché, le Charimaraîch est utilisé pour repiquer des poireaux. Il est légèrement incliné vers l’arrière pour faciliter le travail des deux passagers.

Un gain de temps vous avez dit ?
Oui, Nicolas a fait l’essai : sur une intervention de plantage de bulbilles sur une planche de 3 rangs, il a fait une course contre Samuel sur le Charimaraîch.
Nicolas : il tire sa caisse à la main, plante 2 rangs et enjambe la planche pour planter le 3ème. Il avance à pieds.
Samuel : il pose sa caisse sur le chariot et plante 3 rangs en même temps. Il avance en mode "fauteuil roulant"
Résultat des courses : dans de telles conditions, le chariot permet de gagner 50 mètres de planche par heure par rapport à un planteur manuel !
L’outil représente également un gain ergonomique difficilement quantifiable : même s’il n’est pas d’un grand confort, il permet tout de même d’éviter de travailler à genoux.

Limites du modèle V.1 :

  • L’outil est relativement peu maniable et il est difficile de le faire avancer. Nicolas et Samuel ont des grands bras et s’en sortent pas mal, mais un utilisateur plus petit peinerait un peu.

La version V.2

La réflexion autour du modèle précédent :
Le groupe de maraîchers s’est retrouvé chez Nicolas et Samuel pour échanger pendant une demi journée autour de la version V.1. Ils ont refait des essais au champ pour voir les inconvénients de ce chariot. Ils ont discuté des réglages à apporter et des accessoires à ajouter. Suite à ces discussions, un croquis a été mis au point et des plans ont été produits par Nicolas Fromont.

Pour vous donner un avant-goût de la chose, en voici un extrait :

La ferraille a été commandée en commande groupée pour réaliser deux exemplaires de Charimaraîch V.2. Les maraîchers se sont à nouveau rassemblés pour deux jours de construction dans l’atelier-hangar de Nicolas (8 personnes présentes + des stagiaires extérieurs).

Le matériel dispo sur place ?
L’increvable trilogie : poste à souder (*2), disqueuse (*1) et perceuse à colonne (*1 qui dévie).
Deux modèles ont alors successivement été réalisés, le premier servant de "brouillon" pour le deuxième : une version en 1,20 m chez Nicolas et Samuel (les détenteur de la version V.1), et une version en 80 cm pour Guillaume, un autre maraîcher. C’est la première version que nous avons pu rencontrer.

Le modèle V.2 :

Améliorations apportées par rapport à la version V.1 :
Ce chariot est également à quatre roues, avec deux sièges et le châssis est réglable en hauteur. Cependant tous les accessoires du chariot sont amovibles et leur position sur le châssis est réglables. On peut par exemple retirer les fauteuils, les cale-pieds, les porte-caisses pour travailler avec un châssis nu surmonté d’une simple planche.
Le châssis peut être retourné et les fourches emmanchées à l’envers, ce qui lui permet au cadre d’être positionné à près de 1 m de hauteur. Cette astuce de montage donne une gamme de hauteurs de châssis allant de 20 cm à 1 m !
(Sur les clichés il est en position basse)

Remarques sur les fourches
Elles sont faites en barre profilée en T et sont plus larges, pour éviter de heurter les rayons comme dans la version V.1. Les fourches sont également plus longues, ce qui augmente le bras de levier et leur donne une plus grande stabilité par rapport au châssis. Le coulissant châssis est soudé directement sur le châssis, contrairement au V.1 où le coulissant était soudé sur un fer plat, lui-même soudé sur le châssis.
Plus qu’un long discours, un extrait des plans de Nicolas pour clarifier les choses :

Les porte-caisses
Le porte-caisses central est légèrement incliné et un autre porte-caisses a été ajouté, généralement positionné entre les deux passagers.

Le mode de fixation ?
Les accessoires sont fixé sur un carré de 40*2 mm (il me semble) dont une des faces a été coupée. Il vient s’emboîter sur un des tubes carrés du châssis de 35*6. La position est maintenue par une vis de serrage.

Quel coût ?
Autour de 150 euros en comptant envions 80 euros de ferraille neuve, des roues de vélo récupérées et un peu de visserie.

Assemblage des accessoires :

Utilisation :
Chez Nico et Sam, la version V.2 s’utilise de manière complémentaire avec la version V.1. Ce modèle est notamment utilisé en position haute comme escabeau roulant pour attacher les tuteurs des tomates. Dans ce cas, le chariot est déplacé par le passager en tirant à la main sur les montants de serre. En position haute, il peut aussi être utilisé comme chariot de récolte sur les planches de courgettes, blettes et artichauts.
Comme la version V.1, il est possible d’incliner le cadre vers l’avant ou vers l’arrière en jouant sur la hauteur de fixation des fourches sur le châssis (les fourches en profilées en T sont suffisamment résistantes en oblique). Une légère inclinaison vers l’arrière est plus préférable pour le désherbage : il faut pouvoir toucher la terre sans se baisser.
Nico et Sam ont également fait l’essai de positionner une simple planche sur le châssis pour travailler couché. Dans ce cas, le poste-caisse est positionné sur le côté et l’avancement se fait en tirant sur les roues. Mais il s’agit d’une position douloureuse qui mérite d’être plus étudiée.

Les accessoires en projet :
L’amovibilité des accessoires fait de cet outil un véritable couteau suisse maraîcher ! Les possibilités d’adaptations et d’ajouts sont infinies. Nicolas a notamment le projet de mettre en place un sarcloir à l’arrière du châssis qui désherberait dans l’inter-rang en complément d’un désherbage manuel dans le rang. On pourrait également ajouter des traceurs.

Avantages :

  • Le chariot peut donc se métamorphoser et s’adapter à une intervention particulière en quelques minutes,
  • Gain ergonomique considérable : la mobilité des accessoires permet un changement de position du passager en cours de travail pour reposer certains muscles de son corps,
  • L’outil peut également s’adapter à toutes les physionomies de personnes,
  • Il est symétrique : arrivé en bout de planche, inutile de faire demi-tour, il suffit d’échanger le fauteuil avec le porte-caisse, et c’est reparti !
  • Il peut travailler "en dahu" en cas de dévers sur les planches maraîchères,
  • Pour les jeunes parents, il permet aussi d’emporter le berceau dans le champ !

Inconvénients :

  • Comme pour la version précédente, la maniabilité du chariot est limitée,
  • La fixation de certain accessoires n’est pas optimale : le carré de fixation des fauteuils et cale-pieds s’ouvre au fur et à mesure que la vis est serrée. Il faudrait mettre en place un autre moyen de serrage (percer la barre du châssis tout les 4 cm et mettre une petite vis en travers par ex.),
  • Il manque un parasol (et un porte-canette !)

Réflexion sur la motricité :
Elle a bien été envisagée par le groupe de maraîchers. Des alternatives ont été rencontrées un peu partout, par exemple en propulsion à pédales (voir l’exemple du bicitractor de FarmHack), à moteur électrique (lit de désherbage par exemple) ou même thermique (voir un modèle rencontré dans l’Oise)
Mais la volonté du groupe de maraîcher était de rester sur un matériel simple et peu couteux. Et finalement lorsque l’engin est utilisé à deux, l’effort de poussée du chariot est partagé entre les deux passagers, et donc plus supportable.

La version V.3

La phase de conception :
Cette étape a reçu l’aide précieuse de Sébastien Kany, un maraîcher en cours d’installation en Moselle, et également formateur en mécanique.
Les maraîchers ont réalisé que les deux roues à l’avant étaient de trop, limitaient la maniabilité de l’engin et qu’elles ne touchaient que rarement le sol ensemble dès que le terrain était un peu chaotique.
La réflexion du groupe a abouti à un croquis, dont Sebastien s’est inspiré pour réaliser les plans détaillés du chariot.

La phase de réalisation :
La construction de la troisième version a été faite dans un atelier mis à disposition par Sébastien Kany. Au total, quatre maraîchers étaient présents. En plus de la dream-team "poste à souder-disqueuse-perceuse à colonne", l’atelier disposait une cintreuse à tubes.

Cette nouvelle version connait à l’heure d’aujourd’hui deux exemplaires dans le monde. On a eu l’occasion d’en rencontrer un chez Anaïs et Matthieu, maraîchers en Lorraine.

Anaïs et Mathieu sont installés en maraîchage bio depuis 2011 sur 3,5 ha. La nature très argileuse de leurs sols les a poussé à passer récemment en planches permanentes (105 cm de largeur), ce qui limitait la compaction du sol sur les zones cultivées. En outil motorisé, ils n’utilisent maintenant qu’une fraise attelée à un motoculteur pour préparer les planches de 80 cm. Une transition qui a eu des effets positifs sur le sol dès les premières années de culture.
La fertilité des sols était jusqu’à l’année dernière entretenue par l’ajout de fumier de cheval, échangé à un agriculteur voisin contre un droit de fauche sur leurs terrains non cultivés. Ne disposant pas d’épandeur, Anaïs et Matthieu ont préféré acheter du lombricompost, plus léger et plus riche qu’ils répartissent sur les planches à la main.

Description :
Cette version du Charimaraîch est plus petite (1 place, 80 cm) et est plus évoluée : elle ne possède plus qu’une roue à l’avant, qui est une roue jockey de carriole. Les roues arrières sont fixées au châssis via une fourche de vélo, ce qui lui donne plus de résistance par rapport à une fourche construite en profilé en T. Comme pour la version V.2, la fourche est soudée à un morceau de tube carré qui s’emmanche dans un montant du châssis.
La roue jockey à l’avant est légèrement déportée à l’extérieur du châssis afin d’être bien alignée dans le passe-pied.

Comme sur la version V.2, ce Charimaraîch possède un siège (en mousse cette fois) et un porte-caisses. Il n’était pas nécessaire de mettre des cale-pieds sur ce modèle de 80 cm puisque l’utilisateur peut poser ses pieds dans les passe-pieds.

En plus de cela, des manches en tubes cintrés ont été ajoutés à l’arrière. Ils sont soudés dans un tube carré qui vient s’emmancher dans le châssis. Ces manches sont utilisés à l’endroit en mode brouette, ou à l’envers pour faire béquille.

Mais du coup, quel coût ?
Compter une centaine d’euros pour la ferraille, et autant pour la roue jockey ! Mais il y a sûrement moyen de récupérer une vieille carriole pour moins cher...

Les utilisations possibles :
Tout comme la version V.2, cet outil est un véritable gadget : sur la base d’un châssis très limité, on peut adapter une foule d’accessoires en fonction de la nature du travail.

Mode brouette
Ajoutez le porte-caisse et les deux manchons en position haute : et voici une brouette grand volume qui peut être utilisée pour la plantation ou la récolte !
La brouette en action :

Et quelques photos du mode brouette sur le terrain :

Mode fauteuil de désherbage

Dans ce cas, le châssis est légèrement incliné vers l’avant. L’utilisateur dirige le chariot avec les pieds ou avec les mains comme un fauteuil roulant.

Mode "Allongé-Confort"
Une mode qui reste pour l’instant beaucoup plus "allongé" que "confort".
Anaïs et un autre maraîcher a mis au point un accessoire supplémentaire destiné à soutenir un corps humain allongé. Le dispositif est composé de deux tubes ronds horizontaux qui viennent en appuis sur les anches et le buste du passager. La largeur de ces tubes est réglable en fonction de son gabarit. Les tubes sont couvert avec de la mousse (non présente sur les clichés).

Une idée alternative à la planche de bois qui mériterait d’être creusée pour en améliorer son ergonomie. Faut-il ajouter plus de surface portante ? La métamorphose est à suivre...

Mode épandeur à compost
Un mode qui est pour l’instant à l’état de projet. Anaïs et Matthieu répandent pour l’instant le lombricompost au seau mais espèrent pouvoir ajouter sur le Charimaraîch une bennette qui permettrait de transporter et de décharger progressivement le compost.

Avantages :

  • L’outil présente une grande polyvalence et une combinaison d’accessoires infinie,
  • La roue unique à l’avant donne une maniabilité beaucoup plus intéressante, notamment pour les demi-tours en bout de planche,
  • De part cette simplification, l’outil est encore plus léger.

Inconvénients :

  • Le tube carré porteur de la roue jockey travaille trop en torsion puisque la roue avant est déportée de 15 cm. La barre pourrait se vriller et le chariot perdrait en stabilité. Peu-être envisager d’ajouter une barre amovible qui ferait équerre en cas de lourd chargement ?

Aujourd’hui on en est à la version 4, redessinée par l’équipe de l’Atelier Paysan, à découvrir au téléchargement juste en dessous.


Ces travaux bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National, par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires. Leur contenu sera régulièrement mis à jour tout au long du projet.

Lien vers la page "nos partenaires" : http://www.latelierpaysan.org/Nos-partenaires

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