L’Atelier Paysan
L’Atelier Paysan accompagne les agriculteurs et agricultrices dans la conception et la construction de machines et de bâtiments adaptés à une agroécologie paysanne. En remobilisant les producteurs et productrices sur les choix autour de l’outil de travail, nous participons au développement d’une autonomie technique et collective dans les fermes. En analysant les ingrédients du verrouillage de l’agriculture industrialisée dans laquelle nous enferment les politiques publiques et les intérêts particuliers, nous nous donnons les moyens de transformer nos campagnes et notre alimentation.
L’Atelier paysan est une initiative d’autonomisation technique et politique née au tournant des années 2010. Structuré d’abord sous une forme associative unique (ADABio autoconstruction, 2011-2013) puis sous la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) de 2014 à mars 2026. Après la mise en liquidation judiciaire de celle-ci (voir ici), il est désormais porté par deux associations distinctes, aux finalités et modes d’action complémentaires :
- Communs Paysans est une association loi 1901 destinée depuis 2024 à diffuser des communs dans le domaine des technologies paysannes et de la démocratie alimentaire, en veillant aux règles indispensables à leur promotion et à leur préservation (notamment en évitant toute appropriation commerciale). Elle est devenue le "conservatoire des communs" de l’Atelier Paysan et favorise aussi l’équipement des fermes via la filiale Le KAP (Kits de l’Atelier Paysan), rachetée
- Soudons, fermes ! est le réseau des essaims de l’Atelier Paysan, issus de la dynamique d’essaimage initiée en 2023 pour porter à l’échelle de leur territoire tout ou partie du projet de l’Atelier Paysan. Autonomes dans la mise en œuvre de leurs activités, les structures adhérentes à cette association de personnes morales bénéficient de la force du réseau tout en contribuant à sa consolidation (en savoir plus sur le réseau et ses membres, ici). Depuis 2025, Soudons, fermes ! porte également l’organisme de formation pour déployer l’offre de formations de l’Atelier Paysan depuis les territoires, via les essaims.
Ces deux structures, dotées chacune de leurs instances dirigeantes, ont en commun un projet stratégique au service d’objectifs politiques. Elles travaillent en complémentarité pour poursuivre ces objectifs.

Le modèle agricole productiviste et exportateur favorise l’utilisation de machines agricoles surpuissantes et high-tech, qui rendent l’agriculteur dépendant de l’ingénieur, du banquier, du numérique. Ces pratiques ont également un impact sur la destruction des communautés paysannes, l’environnement, l’aménagement du territoire, l’emploi rural, la santé, l’offre alimentaire. En somme, la logique « techniciste » et industrielle en agriculture affecte toute la société.
1 - Recenser et développer des alternatives en agro-équipement :
- en recensant et en diffusant librement les outils, les machines et les bâtiments, créés par ces paysans et paysannes ;
- en accompagnant des groupes de paysans et paysannes de toutes filières, pour créer des outils adaptés à leur besoin ;
- en formant les paysans et paysannes au travail du métal et à la construction de bâtiments en bois.
2 - Mener la « bataille culturelle » par une approche d’éducation populaire :
- en organisant des moments d’échanges, d’apprentissage et de questionnement pour repérer et mesurer l’incidence des technologies sur les systèmes de production, la viabilité des fermes, et plus largement sur le modèle alimentaire ;
3 - Exercer un rapport de force pour sortir de l’impuissance :
- en construisant un argumentaire critique face aux pratiques de suréquipement, de « gigantisme », et face aux investissements publics et privés dans les nouvelles technologies, par un soutien aux luttes

Beaucoup pensent que la machine est neutre (« ce n’est pas le fusil qui tue mais le tireur »). Nous pensons au contraire que la machine modèle notre imaginaire individuel et collectif et qu’elle pousse à la consommation, la suivante étant toujours contenue dans, et appelée par la précédente. La réduction de la démarche d’autoconstruction à une quête de gains de compétitivité montre bien que nous ne pouvons pas en attendre une subversion en soi - c’est le lot de bien des « alternatives ». L’autonomie à laquelle nous aspirons ne se trouve pas sur le marché et ne se conquiert pas par la participation à une quelconque compétition, aussi « alternative » semble-t-elle être. Nos pratiques d’autoconstruction s’inscrivent dans des rapports sociotechniques ; la recherche d’autonomie doit dès lors commencer par l’inventaire collectif de nos dépendances et par le choix parmi elles de celles dont il apparaît qu’elles contribuent à notre liberté individuelle et collective.
La proposition politique de l’Atelier Paysan contenue dans les ouvrages parus est celle d’une autonomie paysanne et alimentaire reconquise. Nous voulons la mettre en place à travers trois mouvements conjoints : la pratique d’alternatives comme démonstration que l’on peut faire autrement, l’entrée dans le rapport de force avec ce contre quoi nous luttons, et la mise en œuvre de l’éducation populaire comme moyen d’élucidation collective des rapports sociaux de dépendance. Ce dernier point est essentiel : de lui dépend la connaissance de cause sans laquelle alternatives et rapport de force sont condamnés à nourrir ce qu’ils entendent transformer. Ces trois mouvements ne sont pas séparables les uns des autres et c’est de l’équilibre de leurs dynamiques que surgit la transformation sociale.
Notre époque est celle du solutionnisme technologique, antithèse de l’élucidation et de la délibération collectives. Nous pensons que l’industrie est indissociable de la séparation des tâches et de la division du travail, et qu’en termes d’alimentation cela se traduit par une double ignorance des conditions de vie et notamment des contraintes économiques, sociales, géographiques et culturelles : ignorance de la part des paysans de la vie de leurs concitoyens et ignorance de la part des consommateurs de la vie des producteurs. Cette ignorance réciproque est une des causes du mécontentement alimentaire, et pour le combattre nous faisons, avec d’autres, des propositions de socialisation de l’agriculture et de la nourriture, dans le prolongement de notre démarche fondatrice de socialisation de la machine agricole.

- Adhérer à Communs Paysans via ce formulaire : http://adhesion.communspaysans.org
- Se renseigner pour lancer ou rejoindre un essaim sur votre territoire lors d’une visio d’info