Désarmer l’industrie des pesticides : mêmes colères, mêmes combats !
mercredi 30 septembre 2026
Nous serons aux côtés de Cancer Colère, de la Confédération Paysanne, du Collectif de Soutien aux Victimes des Pesticides de l’Ouest (CSVPO), des Soulèvements de la terre et de dizaines d’organisations qui appellent à « désarmer Syngenta » en mettant à l’arrêt son unité de production située en Seine-Maritime.
Au-delà du seul impact sanitaire et écologique catastrophique des pesticides, c’est bien le modèle agronomique de l’agriculture industrielle et son organisation économique qui sont visés.
Les prémices de l’agriculture chimique remontent au XIXè siècle, quand l’agronomie connaissait le même engouement que l’ensemble des « sciences » et techniques industrielles. Si les premiers traitements se faisaient à dos d’humain ou en traction animale, c’est bien l’essor de la mécanisation motorisée qui a permis l’explosion des volumes d’engrais et surtout de pesticides utilisés. Deux guerres mondiales sont passées par là : elles ont boosté les connaissances en chimie (dont ont ensuite profité les industriels des engrais puis des pesticides) mais également la motorisation. La génomique et les industries de la chimie agricole et du machinisme se sont ensuite développées de concert, dans une imbrication technique qui mène au « combo » d’aujourd’hui : une agriculture pleinement dépendante des semences industrielles, des engrais de synthèse, des pesticides et de machines toujours plus sophistiquées. Ce combo produit un incroyable effet de verrouillage technologique.
La motorisation et les pesticides se sont développés au détriment de multiples savoirs et savoir-faire : ils sont une technologie, un ensemble de techniques qui s’interconnectent et font système, et dont la logique finit par s’imposer.
La multiplication des scandales sanitaires et écologiques ébrèche à peine ce système. La majorité de l’agriculture étant fortement dépendante de ces technologies et dans un contexte de crise économique aiguë, c’est tout un pan de la profession qui se sent attaqué quand le recours à la chimie est critiqué. Ces agricultrices et agriculteurs finissent par s’identifier eux-mêmes à ce qui les détruit : les pesticides.
Aujourd’hui, pour voler au secours de l’agriculture chimique, on nous vend des méthodes de « réduction » (bien souvent fantasmée) des doses et de rationalisation des interventions à l’aide de pilotages numériques sophistiqués : agriculture « de précision », désherbage manuel par des robots, etc. La technologie des pesticides se mêle ainsi à celle de l’agriculture numérique, accroissant les dépendances au lieu de les réduire.
Certes, des fermes trouvent des chemins différents avec l’agroécologie paysanne. Et puisque la mise en concurrence permanente condamne à utiliser des pesticides pour produire à un coût « compétitif », les paysannes et paysans qui s’en passent cherchent dans la majorité des cas à valoriser économiquement cet effort technique. Mais vu le fonctionnement des marchés agricoles et des filières agro-alimentaires, vendre sa production plus chère revient à bénéficier de marchés « de niche », où une meilleure valorisation n’est possible que parce qu’elle s’adresse à une faible part de la population, la plus privilégiée (labellisation bio, vente directe, etc.). Aucune sortie des pesticides ne sera donc possible uniquement par la démonstration de cette exemplarité, il nous faut donc affronter le complexe agro-industriel.
Les pesticides cadenassent en effet économiquement le système de production alimentaire : l’agriculture industrielle consiste à remplacer le travail vivant, les bras et les cerveaux, par le travail mort, les machines, la chimie et les serveurs. Avec 380000 fermes aujourd’hui, moins de 2500000 demain, il est impossible de sortir des pesticides par une quelconque interdiction.
Une généralisation de l’agroécologie, urgente, sera notamment rendue possible :
- en bloquant aux frontières l’importation de denrées à bas coûts produites chimiquement ailleurs ;
- en installant au moins 500000 fermes supplémentaires ces 10 prochaines années ;
- en prenant démocratiquement en main nos capacités de subsistance, via des institutions populaires qui prennent en charge le surcoût nécessaire d’une alimentation produite par les humains et leurs techniques, sans le recours à la chimie, les machines et leurs technologies.
- en repensant, avec les ouvriers et ouvrières, toute la chaîne des industries ;
- en luttant avec les autres pays, afin d’éviter de délocaliser nos nuisances dans les pays du Sud global.
Porter ce regard politique et économique sur la question agricole permet de déjouer l’affrontement stérile mis en scène par le complexe agro-industriel entre « néo paysans écolos » et « agriculteurs conventionnels ».
