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Un premier comité de pilotage consacré aux paysans et paysannes en difficulté

Le 15 mars dernier, le Comité de pilotage de la MCDR UsageR·E·s a réuni une vingtaine de personnes autour de l’action 1.3.3 du projet : « Paysan·ne·s en difficulté : faire soi-même pour se donner sens et marges d’action ».

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Quel accompagnement proposer pour les paysan·ne·s en difficulté ? Le comité de pilotage de la MCDR UsageR·E·s a réuni une vingtaine de personnes - partenaires du projet et ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation - le 15 mars dernier autour de Solidarité paysans, pour préciser les actions qui pourront être menées sur ce sujet d’ici à 2021. Une grande partie de ce temps de travail a été consacrée à la présentation de l’action de Solidarité paysans par Amélie Dumez, coordinatrice de l’association nationale et Jean-François Bouchevreau, administrateur.

Dépendance au marché et endettement
L’association nationale Solidarité paysans représente un réseau de 34 associations agissant sur 70 départements, qui rassemblent 1000 bénévoles et 70 salariés, et soutiennent près de 3000 familles par an.

Depuis plus de 25 ans, le réseau a développé une expertise dans l’accompagnement des paysans en difficulté. Ces personnes, selon Amélie Dumez, n’ont pas de « profil type » et sont issues de toutes les régions, systèmes et types de production. Leurs difficultés sont la conséquence de problèmes personnels mais aussi systémiques, liés au modèle agricole dans lequel les personnes sont et qui entraîne souvent une dépendance au marché et un endettement important. «  Avec la fin des quotas laitiers et la baisse du prix du lait on a eu une affluence de jeunes éleveurs qui ne pouvaient plus rembourser leurs emprunts…  », explique ainsi Jean-François Bouchevreau.

L’accompagnement proposé par Solidarité paysans se distingue sur plusieurs points. Il est réalisé à la demande des personnes, quel que soit leur projet (arrêter, changer ou non de système, poursuivre) et dans une démarche respectant et favorisant l’autonomie de chacun et chacune. Il est réalisé par des agriculteurs et agricultrices (en binôme avec un salarié) formés sur les postures d’écoute et les risques psycho-sociaux et repose avant tout sur l’écoute et le respect. C’est également un accompagnement global (professionnel et personnel) en collaboration avec d’autres acteurs (psychologues, assistants sociaux, Civam, Chambres d’agriculture….). Enfin, cet accompagnement est souvent lourd et long, avec des problèmes complexes et imbriqués et le plus souvent des personnes en souffrance, dans le déni et/ou isolées.

Redonner des marges de manœuvre
L’aspect économique est souvent la première porte d’entrée de ces accompagnements, notamment pour répondre à des urgences : menaces de saisies, huissiers, absence de trésorerie pour nourrir les animaux ou remplir le garde-manger. Dans nombre de cas, les procédures collectives comme le redressement judiciaire sont utilisées. Elles sont essentielles pour redonner des marges de manœuvre, envisager l’avenir et de possibles changements.

Solidarité paysans travaille depuis 2015 sur la question des changements de pratiques comme levier de redressement des exploitations afin d’identifier des freins et de nouveaux outils et leviers et de capitaliser les accompagnements déjà menés. Les premières analyses réalisées montrent que ces changements de pratiques, notamment vers des systèmes pâturants en élevage, sont un facteur de sortie de crise.

Changement de pratiques et mieux-être
Plusieurs freins ont aussi été identifiés : la souffrance, la peur de prendre des risques, des blocages économiques (pas d’investissement ou de marges de manœuvre possibles), le verrouillage des filières (contrats), le contexte local (diversité de modèle agricoles ou non)... ; ainsi que des leviers : les procédures collectives, des évènements humains (départ des parents, arrivée ou départ d’un associé, installation d’un jeune…), la participation à des dynamiques de groupe avec des personnes qui ont d’autres approches, l’échange avec des pairs…

Enfin, au-delà du maintien des fermes, Solidarité paysans note qu’il semble que ces changements de pratiques soient aussi à l’origine d’un mieux-être humain. Pour Jean-François Bouchevreau, « ils retrouvent un sens au travail, ils reprennent la main dans les décisions ou le travail physique. Le faire soi-même est important ici  ».

C’est dans ce sens du "faire-soi-même" que les partenaires de la MCDR rassemblés autour de l’Atelier paysan et Solidarité paysans, chercheront à construire de nouveaux accompagnements, notamment autour de la reconception des systèmes et de l’auto-construction ou de l’adaptation de l’outil de travail.

La MCDR UsageR·E·s - Innover par et avec les Usager·e·s : territoires ruraux vivants et technologies appropriées - est un projet partenarial piloté par l’Atelier paysan et financé par le ministère de l’Agriculture, le Commissariat général à l’égalité des territoires et l’Union européenne sur la période 2018-2021. Il s’inscrit dans la continuité du précédent programme, MCDR Usages (2015-2018), dont l’objectif était d’accompagner et d’explorer une manière différente d’innover en agriculture, centrée sur les usages et les technologies appropriées et impliquant les paysan·ne·s de l’origine à la validation par l’usage.