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Vivéa : des élus régionaux du fonds Vivéa décrètent que l’autonomie technique n’est pas prioritaire

vendredi 23 janvier 2026
Vivéa : des élus régionaux du fonds Vivéa décrètent que l’autonomie technique n’est pas prioritaire

La délégation Auvergne-Rhône-Alpes de Vivéa vient de refuser la prise en charge de toutes nos formations des prochaines semaines. D’autres délégations régionales semblent suivre le même mouvement. Les premières sessions devaient démarrer dans deux semaines. Au moment où nous publions ce communiqué, ce sont près de 120 paysans et paysannes déjà inscrits qui sont privés de formation.

À 15 jours des formations, cette décision est irresponsable. A l’heure où Vivéa coupe les financements, tout est déjà lancé : matières premières commandées, ateliers réservés, véhicules mobilisés, interventions organisées. Le fonds peut toujours prétexter que rien n’aurait dû être engagé avant validation des formations : sa procédure de dépôt et d’instruction des demandes impose ce type d’anticipation. En procédant ainsi, sans préavis sérieux, sans mesure de transition ou solution alternative, Vivéa met donc en difficulté les paysans inscrits dans ces sessions autant que les organismes de formation. Ce n’est pas une régulation : c’est un écrêtage brutal.

Ces annulations découlent directement d’un choix de priorisation : nos thématiques de formation sont décrétées « non prioritaires » par Vivéa, qui impose un « cadencement » de leur financement. Nous le disons clairement : il ne s’agit pas d’un simple arbitrage technique, c’est un choix politique. Celui-ci a été fait mi-décembre par les élus professionnels agricoles des différents Comités régionaux Vivéa, qui ont décidé de classer les domaines de compétences. Ce classement n’impacte plus seulement le niveau de prise en charge, mais la probabilité d’un refus de dernière minute. Leurs décisions ont été rendues publiques seulement depuis mi janvier – et même après les premières annulations en Auvergne Rhône Alpes [1]. Les autres comités régionaux ont pris des décisions analogues [2].

Déclasser l’autonomie technique, la conception, la fabrication, la réparation et l’appropriation des outils et des bâtiments agricoles, ce n’est pas anodin. C’est renforcer des dépendances coûteuses, imposer des achats contraints et maintenir les fermes dans une spirale de frais de mécanisation croissants, alors même que les instances qui ont pris cette décision prétendent accompagner les exploitations vers plus de résilience.

Vivéa ose présenter ce rejet massif comme une garantie d’« équité » des financements afin d’assurer un accès pour tous aux formations. Cet argument est indécent. Il masque une logique d’exclusion et de dénigrement de compétences et de savoir-faire mécaniques largement répandus il y a une ou deux générations, mais sacrifiés au profit des grands équipementiers.

Ce n’est pas la première fois. En octobre dernier déjà, Vivéa avait stoppé nos formations de manière tout aussi brutale, au nom de la même prétendue « non priorité » [3]. Les organismes de formation avaient alors été invités à reporter à début 2026 les sessions impactées : on mesure aujourd’hui l’hypocrisie de cette proposition.

Nous appelons les élu·es Vivéa régionaux, représentatifs de la profession, à revenir à la raison. Affirmer que l’autonomie technique n’est pas prioritaire, c’est prétendre que pour une ferme, apprendre à construire, réparer et adapter ses outils et ses bâtiments n’est pas un enjeu stratégique. Dans un contexte explosif de tension sur le revenu agricole, les paysans ont besoin d’être outillés, pas désarmés. Nous invitons donc ces élu·es agricoles, région par région, à cesser d’invoquer « l’équité » pour justifier une politique de tri opaque qui produit exactement l’inverse : imposer aux agricultrices et agriculteurs ce qu’ils auraient le droit d’apprendre.

Notes :

1. Les « blocs » de priorisation régionale ont été rendus publics le 22 janvier, deux jours après notification des refus que rien ne laissait présager : https://vivea.fr/priorisation-des-domaines-de-competences-en-auvergne-rhone-alpes/
2. Voir par exemple pour PACA (publication le 21 janvier), Bretagne (publication le 16 janvier), l’Occitanie (publication le 12 janvier), etc.
3. Nous avions alors publié une lettre ouverte à la directrice nationale du fonds.